Créer c’est résister : le slogan pour ces deux journées organisées les 13 et 14 avril à la ferme de la bergerie de Villarceaux, le domaine écologique de la Fondation pour le Progrès Humain (FPH) est unificateur.
Venus de toute la France et de Suisse, plus de 100 personnes d’horizons et d’âge divers, y ont participé. Les plus nombreux sont les créateurs culturels dans le spectacle vivant, la vidéo et les médias dits sociaux. Mais présente aussi l’Économie Sociale et Solidaire, et encore appartenant au champ politique et social, des organisations citoyennes , celles et ceux qui œuvrent à améliorer notre démocratie malade de verticalité et de l’exclusion des citoyennes et des citoyens.
Les participant·es veulent répondre à une double urgence : la dégradation des conditions de participation démocratique et la menace d’une aggravation brutale – en cas d’accès des extrêmes-droites au pouvoir local ou national.
C’est l’association « Les Cahiers pour décider et agir » qui a organisé ce rassemblement : on (re-)trouve : Sylvie Alphandéry, Fondatrice de “Les cahiers pour décider et agir” Armel Le Coz, Co-fondateur de l’ONG Démocratie Ouverte, Tristan Rechid, Auteur de “Réanimer la démocratie”, Chloé́ Cayrasso, Fondatrice de Politiker, Julien Noé́, Président d’Enercoop et fondateur de CoopMédias, Martin Rieussec-Fournier, Auteur de “Bonheur d’agir”.
Cyril Dion, Artiste résistant, co-auteur du film “Démocratie Maintenant” et Magali Payen, Fondatrice de “On Est Prêt” et Imagine 2050 sont parrains de l’initiative.
Plus que l’élaboration d’une quelconque plateforme idéologique, ces deux jours de rencontre sont destinés à constituer une nébuleuse d’envies singulières mais éclatées en un véritable écosystème où des projets se développent, s’hybrident, fusionnent, se renforcent.
Films, dessins, spectacles, débats se succèdent revenant sur notre histoire récente : débats lancés par les gilets jaunes, cahiers de doléances, conventions citoyennes.
Le sort réservé aux plus de 200 000 cahiers de doléance écrits dans 16 000 mairies en 2019 est particulièrement choquant. Loin d’en faire un outil d’approfondissement et débat démocratique, ce trésor est ignoré par le pouvoir et pratiquement soustrait aux citoyens.
Au cœur de panne de la démocratie en France, le cynisme du pouvoir macronien crée de la désillusion en opérant des reculs en matière de démocratie, de justice sociale ou d’écologie.
L’urgence de la situation est dans tous les esprits mais aussi l’attachement à une certaine façon de faire société, voire de faire France, de ne pas réduire la vie à l’ordre et à l’économie, et d’affirmer la force de l’ouverture et de la diversité.
Des chercheurs comme Erwan Lecoeur, Chloé Santoro, Loïc Blondiaux ont accompagné les débats qui ont eu lieu , sur les conséquences du développement d’un pouvoir autoritaire en France, sur le devenir de la démocratie.
Les débats se sont poursuivis sur la réalité de la crise démocratique : comment élargir la pratique de la démocratie pour qu’elle représente une réalité vivante , exercée par l’ensemble des citoyens ?
Les artistes présents – catégorie particulièrement exposée-, sont une caisse de résonance lançant des appels au secours et perdant peu à peu toute confiance dans les institutions démocratiques. Dans un horizon verrouillé certains rêvent à une table rase régénératrice : pour remettre tout à plat comme si cette exigence pouvait évacuer les fragilités, les peurs et la recherche de sécurité.
Des expérimentations prometteuses
Des élus de l’Ile St Denis, de Poitiers, de Bretagne, ou de Paris 11e présentent leurs expériences en matière d’enrichissement de la démocratie par un accompagnement citoyen, parfois à partir des cahiers de doléances approchant une co-décision pourtant exclue dans la constitution de la 5e république. Les chemins sont multiples, les expériences différentes selon qu’elles sont initiées par une députée, une mairie ou un collectif citoyen mais toutes ces expérimentations sont utiles et la réflexion aux conditions de leur extension est nécessaire.
Des succès spectaculaires comme la pétition contre la loi Duplomb signée par 2 millions de personnes – à l’initiative du Collectif « on est prêt » représenté par Magali Payen – montrent que les thèmes du soin et du bien commun ont leur importance dans la société civile à l’inverse des priorités des pouvoirs économiques et politiques.
Dans ce fourmillement de projets on peut aussi noter l’effort de mieux identifier ce qui nous sépare de l’extrême DDDroite : la Division (nous contre les autres), la Dilution (l’identité française disparait dans la crainte du remplacement) et le Déclin (c’était mieux avant). Comment les contrer en valorisant nos points d’attachement, ce qui nous rassemble, les valeurs partagées (la convivialité, la sécurité sociale, le patrimoine naturel et culturel) ? Merci à Clémentine Guilbaud de « Destin Commun » qui n’hésite à évoquer des fiertés françaises.
L’hommage cinéma au pionnier Claude Alphandéry décédé à 101 ans en 2024 a rappelé combien le combat de la résistance face au nazisme éclaire celui qui doit être mené contre l’extrême droite et les forces du marché quand celles-ci ne sont plus contenues.
Nous pouvons opposer face au désenchantement si courant, un message positif, sur l’engagement, sur le sens du collectif « la démocratie ça rend heureux ».
Servi par une équipe aussi dévouée que professionnelle, dans l’écosite de Villarceaux (95), ce programme de dialogues intenses a vu repartir chacune et chacun avec une moisson de contacts et d’échéances inscrites dans une grande fresque du changement. Les cahiers de doléance ont ouvert la voie à des travaux d’espérance.
Une contribution modeste mais utile.

Deux associations sont à l’initiative de l’organisation de ce rassemblement :
Les Cahiers Pour décider et agir : “Offrir un débouché politique local aux cahiers de doléances du territoire ou à d’autres revendications citoyennes, via l’organisation d’assemblées de co-décision. Ces assemblées partent des doléances ou interpellations locales, rassemblent des citoyen·nes tiré·es au sort avec des élu·es, des agents publics et des acteurs de la société civile organisée (associations, collectifs et syndicats) dans un exercice de démocratie délibérative et décisionnelle.
Et
Le Collectif Transition Citoyenne (CTC) est un réseau indépendant et non partisan de 34 associations et entreprises de l’ESS engagées dans la transition écologique, sociale et démocratique.
Ce rassemblement n’aurait pu se tenir sans le soutien de
- La Fondation pour le Progrès Humain (FPH) soutient des mouvements et des organisations de la société́ civile dans leurs actions de plaidoyer en faveur d’une transition sociale et écologique.
- La Concorde se mobilise pour protéger et renforcer la vitalité́ de notre démocratie face à̀ la montée de la défiance et de la polarisation du débat public.
www.la-concorde.fr
Les cahiers pour décider et agir est aussi soutenue de manière structurelle par le fonds Que Vol’Terre et par la fondation de France.
Les partenaires de ce rassemblement sont les suivants : :
On Est Prêt est un mouvement de mobilisation citoyenne qui rassemble et coordonne des influenceur·euses, des sachant·es, des artistes, des faiseur·euses pour sensibiliser et faire passer à l’action
Imagine 2050 sensibilise, forme et accompagne les médias, le monde de la culture et les entreprises dans leurs transitions démocratiques, écologiques et sociales.
www.imagine2050.fr
De nombreuses associations citoyennes étaient présentes à Villarceaux, parmi lesquelles :
Autour du 1er mai, le cinéma en partage : cette association d’éducation populaire s’attache à favoriser le débat public sur les questions de transformation démocratique, sociale et écologique grâce au cinéma. Elle développe la base documentaire TESSA qui recense les initiatives inspirantes de l’ESS
Et
Le CAC, Collectif des associations citoyennes, Le collectif des associations citoyennes est né en 2010 pour lutter contre l’instrumentalisation et la réduction des associations à leur seule dimension marchande et pour défendre leur contribution à l’intérêt général et à la construction d’une société solidaire, écologique et démocratique. Le collectif a élaboré depuis 2012 des propositions pour une nouvelle politique associative. Cette histoire est retracée dans le livre des 10 ans.
https://www.associations-citoyennes.net/
CoopMédias est une SCIC, une Société Coopérative d’Intérêt Collectif qui appartient à ses sociétaires. Le modèle coopératif fait passer l’utilité sociale du projet avant sa rentabilité, y compris dans des secteurs verrouillés par des acteurs historiques. Il associe toutes les parties prenantes autour de valeurs communes d’intelligence collective, de co-construction, de gouvernance démocratique. Toute personne physique ou morale peut prendre des parts de capital social et participer au projet Coop-médias en rejoignant une des cinq catégories de la coopérative : salarié⋅es, médias, partenaires, porteurs ou soutiens.
LE MES, Mouvement de l’Économie Solidaire développe une démarche économique alternative et solidaire, une politique activée, un développement solidaire, démocratique et écologique des activités économiques et des territoires, une vision partagée de l’économie solidaire.
https://www.le-mes.org/
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